Les dépanneurs et l’offre alimentaire santé

dépanneur

Résumé

Les faits

  • Les dépanneurs sont omniprésents en ville, surtout dans les quartiers défavorisés.
  • Ils offrent un accès facile à des aliments et des boissons peu nutritifs.
  • On les retrouve souvent sur le chemin des écoliers.
  • Les dépanneurs sont des entreprises à but lucratif.

Les effets bénéfiques

  • Un potentiel de contribuer à réduire le taux d’obésité à long terme.
  • Une occasion de stimuler l’économie locale.
  • Un renforcement des liens et du sentiment d’appartenance au sein de la communauté locale.

Pistes d’actions

  • Voir les dépanneurs comme des alliés dans l’amélioration de l’offre alimentaire.
  • Bien accompagner les commerçants pour maintenir leur motivation à offrir des aliments sains.
  • S’allier avec des partenaires de tous les milieux : commerce, économie, santé, communautaire, fondations, etc.
  • Suivre le projet et en évaluer les effets.

Table des matières

 

Des faits

Qu’est-ce qu’un dépanneur?

Il n’existe pas de définition officielle du terme dépanneur au Québec.

Selon une classification canadienne, c’est un petit commerce de proximité qui vend une gamme limitée de produits courants : lait, pain, jus, boissons sucrées, aliments à grignoter, boissons alcoolisées, produits du tabac, journaux, revues et billets de loterie.

Certains vendent aussi un choix limité de conserves, de produits laitiers et de produits de nettoyage[1].

Au Québec, la superficie de ces commerces varie en général de 100 m2 à 200 m2 (1 000 p2 à 2 000 p2)[2].

Comme on peut s'y rendre facilement à pied, les dépanneurs favorisent le transport actif.

Les dépanneurs sont omniprésents, surtout dans les quartiers urbains défavorisés

En 2009, 5 254 dépanneurs (sans station d’essence) avaient pignon sur rue au Québec, dont 36 % (1 905) à Montréal[3]. Résultat : 91 % des Montréalais habitent à moins de 1 km d’un dépanneur. La moyenne québécoise est de 65 %[4]. Au Canada, toutes les 3 minutes, un client entre dans un dépanneur (statistique incluant les dépanneurs avec station-service)[5].

Une étude menée à Ottawa et publiée en 2008 indique que les quartiers les moins favorisés comptent beaucoup plus de dépanneurs par millier d’habitants que les quartiers les plus favorisés[6].

Remarque. Les données qui suivent sont principalement tirées d’études ou d’enquêtes menées aux États-Unis. Les données québécoises sur les aliments vendus dans les dépanneurs et sur leurs acheteurs manquent à l’appel pour le moment.

Les dépanneurs offrent un accès facile à des aliments peu nutritifs

Une étude menée dans 4 grandes villes américaines a vérifié la disponibilité d’aliments sains dans 97 dépanneurs situés près d’écoles défavorisées. Les données recueillies confirment que ces commerces offrent très peu d’aliments sains dans leur inventaire[7].

Une étude réalisée à Philadelphie dans 17 dépanneurs situés dans des quartiers défavorisés montre qu’entre 80 % et 97 % des collations vendues dans ces commerces entrent dans la catégorie des aliments d’exception, familièrement appelés aliments-camelote ou encore malbouffe[8].

Une étude menée à Nashville auprès de 5 dépanneurs situés dans des déserts alimentaires indique que peu d’entre eux offraient des fruits et légumes, du lait écrémé ou du pain de blé entier. Les obstacles mentionnés par les gens du quartier étaient les suivants : méfiance envers le commerçant, la présence dans le passé de produits frais de qualité médiocre et une connaissance limitée des choix sains[9].

Les dépanneurs : sur le chemin des écoliers

Au Québec, en 2009, 62 % des écoles publiques étaient situées à 15 minutes de marche ou moins d’un dépanneur[10].

Une étude a été menée en 2008 à London, en Ontario, auprès de 782 jeunes de 11 à 13 ans. Elle montre que plus les restaurants rapides ou les dépanneurs sont proches du domicile (à une distance inférieure à 1 km), plus les enfants sont susceptibles d’y acheter des aliments au moins une fois par semaine[11].

Au cours d’une étude menée à Philadelphie, on a constaté que les écoliers fréquentent souvent les dépanneurs : la moitié y vont au moins une fois par jour. De plus, leurs achats préférés sont peu nutritifs : croustilles, bonbons et boissons sucrées. En moyenne, les jeunes ont dépensé 1 $ par visite et ont obtenu environ 300 calories en échange[12].

À Baltimore, une étude auprès de 242 jeunes noirs de 10 à 14 ans habitant des quartiers défavorisés indique qu’ils vont au dépanneur 2 fois par semaine et y achètent le plus souvent des croustilles, des bonbons et des boissons gazeuses[13].

Les dépanneurs en milieu rural : un meilleur bilan qu’en milieu urbain en Caroline du Nord

Une enquête comparative a été menée en 2010 dans le comté de Pitt (Caroline du Nord) dans 17 dépanneurs situés en milieu rural et 16 dépanneurs en milieu urbain. Les données démontrent que les commerces en milieu rural proposaient une plus grande variété de produits sains que les dépanneurs en milieu urbain et que les prix étaient similaires[14].

La rentabilité

Pour travailler avec les dépanneurs, il faut garder en tête que, comme tout commerçant, leur premier objectif est le profit.

Des effets bénéfiques

Sur le taux d’obésité

Selon la Fondation Robert Wood Johnson, c’est à Philadelphie que le taux d’obésité chez les jeunes a le plus décru aux États-Unis, passant de 21,5 % à 20,5 % entre 2006 et 2010. Cette conclusion est basée sur une collecte de données sur 100 000 élèves de 5 à 18 ans des écoles de cette ville[15]. Il est difficile de cerner l’influence spécifique du projet des dépanneurs santé, bien sûr, mais comme le souligne la Fondation Robert Wood Johnson, les autorités locales et nationales ont mis de l’avant et ont soutenu une foule de mesures pour favoriser l’activité physique et la saine alimentation[16]. La Healthy Corner Stores Initiative en fait partie.

Sur l’économie locale

Un dépanneur santé qui fait de bonnes affaires peut stimuler l’économie locale en[17] :

  • créant des emplois locaux;
  • attirant des clients qui autrement dépenseraient à l’extérieur du quartier.

De plus, si le commerçant s’approvisionne en fruits et légumes auprès de producteurs locaux, il contribue à élargir leur mise en marché de proximité (circuits courts de distribution).

Sur le tissu social

Un dépanneur santé peut[18] :

  • créer un sentiment d’appartenance et de fierté dans le quartier;
  • servir de projet éducatif lorsqu’il est situé près d’une école.

Des avant-projets en cours au Canada

Québec. Un rapport sur les systèmes agro-alimentaires dans 3 communautés du Québec - le quartier Notre-Dame-de-Grâce à Montréal, la MRC de La Rivière-du-Nord et la MRC Pierre-de Saurel - s’est penché sur des pistes d’interventions visant à augmenter la consommation des fruits et légumes des jeunes et de leurs familles. La première recommandation est d’augmenter la disponibilité des fruits et des légumes dans les commerces de proximité comme les dépanneurs en s’appuyant sur des outils déjà en place (programme Mélior et concours Dux)[19].

À Montréal, l’idée d’intervenir auprès des dépanneurs est en gestation. Le cadre de référence 2013-2018 de la Direction de la santé publique indique qu’il s’agit d’une des avenues intéressantes pour améliorer l’accès à des aliments sains dans les quartiers défavorisés[20].

Toronto. Cette municipalité, dont les initiatives en matière de sécurité alimentaire et d’accès à des aliments sains sont nombreuses, envisage un projet de dépanneur santé. En novembre 2012, l’Université de Toronto a publié une étude et des recommandations sur comment le département de santé publique de cette ville pourrait collaborer avec les commerçants pour implanter une telle initiative[21].

Ottawa. Alimentation Juste, un organisme voué à la sécurité alimentaire, propose que les partenaires municipaux, communautaires et d’affaires participent à une étude de faisabilité dans un quartier de la ville où l’accès aux aliments est déficient. La vision du projet se lit ainsi[22] : « Une ville où des aliments frais et sains (produits localement si possible) sont disponibles à prix concurrentiel dans tous les quartiers ottaviens grâce aux dépanneurs. »

Colombie-Britannique. En août 2011, le ministère de la Santé annonçait un partenariat avec les chaînes de dépanneurs et stations-service de la province pour améliorer l’offre alimentaire dans ces commerces[23], mais le projet ne s’est pas encore concrétisé[24].

Des pistes d’actions

Profiter de l’omniprésence des dépanneurs pour améliorer l’offre alimentaire

Intégrer des commerçants à une initiative de santé publique constitue tout un défi. Difficile d’imaginer deux « cultures » plus différentes. Tous les documents consultés confirment cependant qu’on peut voir et faire les choses autrement, tout en maintenant la rentabilité de ces commerces.

1. Voir les dépanneurs comme une partie de la solution aux enjeux que représente l’accès à des aliments sains, et même comme des accélérateurs du changement des habitudes alimentaires.

  • À Delridge, un des quartiers défavorisés de Seattle, les résidents n’ont pas accès à un supermarché. Bien que l’ouverture d’un tel magasin soit envisagée à long terme, la ville a choisi, en 2009, d’aller de l’avant avec un projet de dépanneurs santé. Objectif : améliorer plus rapidement l’environnement alimentaire de ce quartier où il existe déjà 20 dépanneurs[25]. En effet, l’ouverture d’un supermarché dans un quartier défavorisé est une démarche très longue et coûteuse.

2. Bien accompagner les commerçants pour maintenir leur motivation. Les dépanneurs veulent bien vendre des produits sains, à condition que les changements soient faisables, durables et rentables. Il faut donc tenir compte des obstacles perçus par les commerçants : la concurrence des supermarchés, la faible demande de la clientèle et le risque plus élevé de perte des aliments périssables.

Les différents projets en cours aux États-Unis se sont inspirés du programme Healthy Corner Stores Initiative (HCSI) de Philadelphie[26] et sont conçus de façon à :

  • construire une relation de confiance avec les propriétaires de dépanneurs. En tenant compte de leurs impératifs de rentabilité, et, dans le cas des allophones, en communiquant avec eux dans leur langue maternelle.
  • commencer par de petits pas pour vérifier le degré d’implication du commerçant dans la mise en place et le maintien des changements.
  • faciliter le changement. Un des obstacles courants que les dépanneurs doivent affronter est de ne pas savoir par où commencer et d’être intimidés par le risque qu’implique un changement. Un plan d’action simple et facile à mettre en œuvre permet de les encourager à passer à l’action.
  • donner du soutien en fournissant une formation, du matériel promotionnel et une prime en argent. Comme les dépanneurs travaillent 7 jours sur 7 et de longues heures, la formation est souvent donnée sur place.
  • subventionner des améliorations dans le magasin. Lorsqu’un dépanneur montre une implication soutenue et que son magasin répond à certains critères, il peut être éligible à une subvention lui permettant d’améliorer la présentation des produits sains : étagères, paniers pour les fruits et légumes et réfrigérateurs vitrés.
  • collaborer avec des organismes locaux. Les organismes communautaires locaux peuvent notamment sensibiliser le public à la démarche santé entreprise par le dépanneur et ainsi augmenter ses chances de succès.

Healthy Corner Store Initiative : un programme progressif et motivant

Healthy Corner Store Initiative, Philadelphie À Philadelphie (1,5 million d’habitants), le programme Healthy Corner Store Initiative (HCSI) comporte 4 étapes très progressives, tant dans le temps que sur le plan du degré d’implication des commerçants. Ceux-ci commencent par vendre 4 nouveaux produits sains et, s’ils répondent à certains critères, peuvent finir par bénéficier d’une transformation de leur magasin, subventionnée à hauteur de 5 000 $ par le programme[27].

Cibler les quartiers et les commerçants de façon stratégique

Tous les projets de dépanneurs santé ciblent des quartiers défavorisés. D’autres critères déterminent la sélection des commerçants et leur nombre.

Exemples de critères de sélection

  • À Minneapolis (393 000 habitants), au Minnesota, les dépanneurs ont été recrutés en fonction de leur emplacement géographique (quartier défavorisé), de l’intérêt du propriétaire pour le projet et de la proximité avec d’autres initiatives de santé publique dans la communauté[28].
  • À Louisville (1,2 million d’habitants), au Kentucky, 12 quartiers ont été désignés « déserts alimentaires ». On a ensuite recruté des commerçants installés depuis longtemps dans le quartier et reconnus pour leur implication dans la communauté[29].
  • La surface et les caractéristiques du magasin peuvent aussi servir de critères de sélection. À Philadelphie, les magasins admissibles ont une superficie de moins de 2 000 p2 (environ 200 m2), 4 allées ou moins et une seule caisse enregistreuse [16].
  • Les commerçants participants doivent aussi maintenir un dossier vierge en matière d’infractions aux règlements concernant, par exemple, la vente de tabac et d’alcool aux mineurs ou encore la propreté des lieux et la salubrité des aliments.

Commencer avec quelques commerçants

  • Aux États-Unis, la Healthy Corner Store Initiative de Philadelphie est le projet le plus à maturité actuellement. C’est l’organisme sans but lucratif The Food Trust, très impliqué dans le virage santé de cette ville, qui a travaillé pendant plusieurs années avec 40 commerçants. Cette persévérance a mené à l’élaboration d’un modèle qui fait école aux États-Unis et qui compte maintenant 660 dépanneurs participants [16].
  • À Detroit (700 000 habitants), le projet a commencé avec 1 commerce en 2009 et en comptait 17 en 2013[30].
  • À Baltimore (612 000 habitants), on a commencé en 2006 avec un projet de 10 mois dans 9 dépanneurs. Le programme inclut maintenant 24 commerçants[31].
  • À Minneapolis, en 2010, 8 dépanneurs ont été recrutés. En 2012-2013, le programme est en cours d’expansion dans 29 autres commerces [18].

Écosse : Un programme qui fonctionne bien

Scottish Grocers’ Federation Healthy Living, Écosse Le programme Scottish Grocers’ Federation Healthy Living (SGFHL) a été lancé en 2004. Cette initiative du producteur laitier Robert Wiseman Dairie a été soutenue financièrement par le gouvernement écossais et les 5 principales chaînes de dépanneurs s’y sont impliquées[32]. Ce programme, qui comptait 640 dépanneurs participants en 2005, en incluait 1 237 en décembre 2012, y compris des commerçants indépendants. Il fait maintenant partie du plan d’action du gouvernement écossais pour les saines habitudes de vie et la lutte contre l’obésité[42].

Quelques chiffres :

  • Les commerçants indépendants qui participent au SGFHL depuis 2010 ont vu leurs ventes de fruits et légumes frais augmenter de 20 % à 30 % en 3 ans[33].
  • Entre 2008 et 2010, la consommation hebdomadaire de fruits des clients a augmenté de 18,5 % et de 14,5 % dans le cas des légumes. Cela représente environ 6 portions de chaque par semaine, ce qui reste toutefois bien inférieur aux recommandations officielles [48].

Une campagne menée en 2011 et 2012 a eu beaucoup de succès auprès de 250 dépanneurs participants. Dans le cadre de ce programme, ils ont reçu du matériel promotionnel (présentoirs, affiches, etc.). Ceux ayant participé à cette campagne en 2012 ont vu leurs ventes de plusieurs produits sains augmenter de façon spectaculaire[49] :

  • Lait : + 55 %
  • Eau : + 60 %
  • Flocons d’avoine : + 150 %
  • Jus de fruits : + 15 %
  • Poisson : + 100 % (congelé ou en conserve)
  • Poulet : + 25 % (congelé ou frais)
  • Pain : + 60 %

Trouver des partenaires de tous les horizons

Recruter des partenaires est essentiel pour assurer l’expansion et la permanence du projet. L’expertise en commerce d’alimentation, en santé, en implantation de projets et en action communautaire est essentielle au démarrage, ainsi qu’un soutien financier : les directions de santé publique, les services municipaux de développement économique et les fondations privées font partie des alliés potentiels. Un financement sur plusieurs années est nécessaire pour changer la norme sociale, c’est-à-dire qu’il devienne normal de pouvoir acheter des aliments sains dans un dépanneur.

  • À Seattle, un projet en cours dans le quartier de Delridge est financé par le fonds Healthy Kid de la Seattle Foundation et par le bureau de développement économique de la Ville. La Delridge Neighborhoods Development Association offre un soutien marketing, et le département d’urbanisme de l’Université de Washington évalue les meilleures pratiques favorisant la mise en place du projet. Parmi les partenaires, on compte aussi la King County Food and Fitness Initiative[15].
  • À Philadelphie, le programme est toujours géré par l’organisme sans but lucratif The Food Trust, mais des fonds proviennent depuis 2010 des autorités locales (département de santé publique et municipalité), de l’État, du fédéral (Centers for Disease Control and Prevention) et du privé (donateurs et fondations)[16].
  • En 2010, le comté de Sonoma (491 000 habitants), en Californie, a reçu une subvention du Département américain de l’agriculture pour étendre son programme de dépanneurs santé à 7 commerces situés dans des secteurs ruraux[34].
  • À Louisville, les fonds sont fournis par le programme Pioneering Healthy Communities du YMCA et par le programme Healthy Kids, Healthy Communities de la fondation Robert Wood Johnson[35].

Plusieurs projets mobilisent les jeunes pour soutenir les dépanneurs qui s’engagent dans une démarche santé : sensibilisation de la communauté (à l’école, par exemple) pour augmenter la clientèle des dépanneurs participants, réaménagement du magasin, conception de pancartes, etc. À Providence, dans le Rhode Island, l’organisme ECO Youth a été un partenaire important pour promouvoir un projet dans cette ville[36].

Adapter le modèle du projet au contexte

Les programmes de dépanneurs santé varient d’un endroit à l’autre, notamment selon la nature et l'intensité de l'investissement des partenaires.

Washington D.C. Healthy Stores À Washington DC, le programme Healthy Stores fonctionne en permettant aux commerçants de se procurer des fruits et des légumes à prix réduit durant les premiers mois de mise en place. Ils peuvent ainsi les vendre à des prix avantageux et bien évaluer les préférences de leur clientèle. Les propriétaires de dépanneurs profitent aussi de cours en nutrition, de démonstrations culinaires et, comme ceux de Philadelphie, de soutien en marketing et d’assistance technique [37].

  • Dans le comté rural de Pitt (172 000 habitants), en Caroline du Nord, les dépanneurs participants peuvent faire des commandes auprès d’une coopérative de fermes locales. Ainsi, ils sont en mesure d’offrir des aliments frais et locaux à des prix concurrentiels[38].
  • Dans le comté de Sonoma, le programme est centré sur les magasins indépendants situés dans les quartiers hispaniques et fixe un prix plafond pour les fruits et les légumes vendus par les dépanneurs participants : celui-ci ne doit pas dépasser de plus de 10 % le prix moyen relevé dans le comté[39].
  • À Louisville, plusieurs incitatifs financiers sont offerts par le programme : des équipements de réfrigération et de présentation, une amélioration de l’aménagement intérieur du magasin et 1 000 $ pour la première commande de fruits et légumes[40].

Évaluer : points forts, points faibles

Évaluation du programme. La plupart des programmes en cours aux États-Unis font l’objet d’une évaluation de leur progression et du respect des critères par les commerçants.

  • À Philadelphie, parmi les quelque 600 dépanneurs recrutés depuis 2010, 83 % avait franchi les 2 premières phases du programme en 2012 et 100 commerçants avaient profité de transformations. Ces derniers avaient ajouté, en moyenne, 44 nouveaux aliments sains à leur inventaire[16]. Notez qu’une étude indépendante menée auprès de 233 dépanneurs participants dresse un portrait un peu moins idéal de la situation. L’enquête terrain a révélé que peu de choix sains étaient offerts et qu’ils étaient souvent plus chers que les choix peu nutritifs : seulement 5,7 % des dépanneurs offraient des pâtisseries faibles en gras, 35 % vendaient des croustilles cuites au four et 56 % avaient du pain de blé entier sur leurs tablettes[41].

Minneapolis À Minneapolis, des données ont été collectées avant et après l’implantation du programme Healthy Corner Store dans 9 dépanneurs (1 mois, 3 mois et 6 mois après). Parmi les points forts du projet, on compte une augmentation de la variété des fruits et légumes offerts et une diminution des pertes de produits frais. Cette étude a aussi documenté les points faibles : le suivi des quantités exactes de fruits et légumes vendus est difficile à faire et le grossiste identifié n’a pas pu répondre aux besoins spécifiques des dépanneurs, qui ont préféré s’approvisionner ailleurs[18].

 

  • Le Center for Public Health and Health Policy de l’Université du Connecticut a évalué, en 2009, le programme de dépanneurs santé de Hartford (125 000 habitants). Les résultats de cette étude ont entraîné des changements importants : la 2e phase du projet cible moins de magasins et met plus l’accent sur le développement d’une relation approfondie avec les commerçants[42].
  • À Louisville, des étudiants en santé publique de l’université mènent des évaluations périodiques du programme et proposent des améliorations dans certains magasins[43].
  • Une étude menée sur le programme Baltimore Healthy Stores indique que celui-ci a eu du succès auprès des commerçants visés (supermarchés et dépanneurs). Sept dépanneurs tenus par des Nord-Coréens ont participé à cette étude : le succès de ce programme tient en partie au fait qu’une étudiante nord-coréenne ait rédigé les documents en coréen et établi un lien de confiance avec les commerçants. Les auteurs concluent que ce type de programme est faisable et qu'il constitue un moyen efficace et viable d’augmenter l’offre d’aliments sains dans les quartiers défavorisés[44].

 

Évaluation de l’effet du programme sur les habitudes d’achat des clients.

Très peu d’études de grande envergure et de bonne qualité méthodologique se sont penchées sur ce point. Néanmoins, on dispose de quelques données encourageantes.

  • Quelques études ont tenté d’évaluer l’effet de l’amélioration de l’offre alimentaire dans les dépanneurs et les commerces de proximité situés dans les quartiers défavorisés. Une recension systématique de 16 études menées dans 5 pays indique que, malgré plusieurs faiblesses méthodologiques, le poids de la preuve est en faveur de cette intervention. Les résultats indiquent que ces initiatives ont fait augmenter les ventes d’aliments sains et qu'elles ont eu des effets bénéfiques sur les habitudes alimentaires des clients[45].
  • À Philadelphie, le Centre de recherche sur l’obésité de l’Université Temple prévoit publier en 2013 une étude sur l’effet des nouveaux choix sains sur les habitudes d’achat des clients des commerces membres du réseau : les achats de 7 000 personnes ont été scrutés avant (2011) et après (2012) la mise en place de la nouvelle offre dans certains dépanneurs[46].

Rédaction : Veille Action

Révision terrain : Rotem Ayalon, conseillère en alimentation et en aménagement, Québec en Forme

Révision scientifique : Diane Gadbois et Marie-Paule Leblanc, agentes de planification, de programmation et de recherche et membres de l'Équipe régionale Saines habitudes de vie, Direction de santé publique, Agence de la santé et des services sociaux de la Montérégie

Fiche créée le : 22 octobre 2013

 

Références

Photo

Photo principale utilisée avec la permission de County of San Diego Health and Human Services Agency

Bibliographie

Notes

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