Veille - Alimentation

Sommet sur l’alimentation : les consommateurs sont confus, angoissés et prisonniers, selon Hélène Laurendeau

Les consommateurs sont confus, angoissés et prisonniers quand il est question de leur santé alimentaire, constate la nutritionniste Hélène Laurendeau, qui propose des avenues pour mieux répondre à leurs besoins. Propos d'une conférencière qui ne mâche pas ses mots.

C’est à l’occasion de la première rencontre préparatoire du Sommet 2017 de l’alimentation* que la populaire nutritionniste et animatrice a partagé ses observations et ses pistes de solution avec un auditoire qui comptait un grand nombre de représentants de l’industrie agroalimentaire.

Confusion

« Les consommateurs sont confus : ils savent que l’alimentation contribue à leur santé, mais ils sont aussi bombardés d’informations contradictoires, a constaté Hélène Laurendeau. Sans compter ce qu’on appelle le "bruit", dont une partie vient des gourous de la santé qui veulent notre bien… mais aussi notre argent ! »

Inquiétude, pression et culpabilité = angoisse

Selon la conférencière, les consommateurs ont perdu contact avec les aliments et la façon dont ils sont produits, ce qui les amène à se préoccuper des pesticides, des OGM, du bien-être animal et de la planète. « Les consommateurs veulent bien faire et bien nourrir leurs enfants, a-t-elle expliqué, mais ils sont angoissés devant les milliers de produits offerts à l’épicerie et ont besoin d’être rassurés sur leurs achats alimentaires »

         

« Être à la hauteur du modèle familial idéal, suivre les recommandations des spécialistes de la santé et faire des plats aussi savoureux que ceux qu’ils voient à la télévision et dans internet crée une pression chez les consommateurs, a expliqué Hélène Laurendeau. Pour faire un repas nourrissant, c’est beaucoup plus simple qu’on le croit, contrairement à ce que laissent entendre les fabricants de plats préparés dans leurs publicités. »

La culpabilité quant au plaisir éprouvé à manger certains aliments, comme une crème glacée ou une frite, désole Hélène Laurendeau : «  Les gens sont plus sévères envers eux-mêmes que les nutritionnistes. Pourtant, bien manger 80 % du temps c’est déjà une très bonne note. »

 La nutrition n’est pas un dogme religieux. Manger ce n’est pas un péché, même pas mignon

Prisonniers du manque de temps et de compétences

Pas facile de manger sainement quand on manque de temps pour préparer et partager un repas à la fin de la journée, a reconnu la conférencière. « De plus, les gens n’ont pas les compétences nécessaires pour cuisiner, planifier les achats et les repas, gérer un frigo, un budget alimentaire. Et le panier d’épicerie est le premier à pâtir d’un manque de ressources financières ».

L’industrie alimentaire doit se remettre en question

Pour Hélène Laurendeau, il est clair que l’industrie alimentaire a un important rôle à jouer : elle doit adopter de nouvelles valeurs, être transparente et responsable, notamment en fournissant de l’information juste au consommateur.

 Une boîte de céréales sucrées dont l’emballage vante la teneur en vitamine D, c’est de la poudre aux yeux. Ce n’est pas une information juste. 

« Une publicité pour des frites congelées ou d’autres produits transformés qui nous fait croire que cuisiner, c’est long, pénible, fastidieux et compliqué, ce n’est pas juste, ce n’est pas responsable, surtout quand on nous vend des produits malsains! »

« Il est grand temps que le pain soit du vrai pain, que le yogourt soit du vrai yogourt et qu’on ose appeler une friandise par son nom. Un jujube, ça ne peut pas être une portion de légumes, même si un des ingrédients est du  jus de canneberge déguisé », a martelé la conférencière.

 La transparence ne se limite surtout pas à un numéro 1 800 sur l’emballage. Nous avons le droit de savoir et de choisir ce qui entre ou non dans notre corps. L’étiquetage doit pouvoir nous renseigner sur la présence ou non de gras trans, de sucres ajoutés, d’allergènes, de sodium. 

Responsabilité partagée entre le secteur agroalimentaire et les décideurs

Hélène Laurendeau a également soutenu que le secteur agroalimentaire doit prendre des décisions responsables :« Notre système alimentaire doit être respectueux de l’environnement, prioriser les aliments produits au Québec, encourager l’agriculture biologique et la pêche durable, minimiser le gaspillage des aliments. Ce système alimentaire durable ne peut être basé sur des profits immédiats : il est essentiel de penser à long terme, et crucial que les décideurs passent à l’action pour aider les consommateurs à être en bonne santé. »

 Oui, nos élus ont un rôle à jouer pour améliorer la santé de la population. Il faut revoir les rôles et les politiques, et agir pour arriver à une véritable collaboration de tous les acteurs concernés. 

Passer à l’action

Deux actions paraissent essentielles pour Hélène Laurendeau : l’éducation culinaire des jeunes et l’amélioration de l’accès à des aliments sains et abordables. Tout comme le chef Ricardo, la nutritionniste prône le retour des cours de cuisine à l’école et souhaite qu’ils soient même instaurés dans les CPE. « L’acquisition de saines habitudes de vie, ça commence très tôt. Une alimentation associée au plaisir et à la santé devrait faire partie de la vie des enfants dès la garderie ».


Marché solidaire à la station de métro Sauvé

Pour la nutritionniste, il est inconcevable qu’il y ait encore des déserts alimentaires dans certains quartiers urbains et milieux ruraux.  «  L’accès à des aliments frais et sains à distance de marche est crucial, a-t-elle conclu.  Il faut également s’assurer que le consommateur ait toujours la possibilité de choisir des aliments sains dans les machines distributrices, les arénas et les événements municipaux »

* Cette rencontre thématique, intitulée « À l’écoute des consommateurs d’aujourd’hui et de demain », a eu lieu le 21 octobre à Montréal. Elle réunissait 150 représentants des consommateurs et des secteurs du bioalimentaire : agriculture, pêcheries, restauration, santé, municipal, sécurité alimentaire, etc. organisations touchées par les enjeux alimentaires.  Cette rencontre fait partie de la démarche préparatoire au Sommet de l’alimentation qui se tiendra en novembre 2017.

Comptes-rendus d’autres présentations ayant eu lieu dans le cadre de cet événement :

Sommet de l’alimentation : le chef Ricardo plaide pour des cours de cuisine à l’école

Sommet de l’alimentation : les consommateurs veulent manger sainement, au meilleur coût possible

Résumé visuel de la présentation d'Hélène Laurendeau : L’ENJEU SANTÉ : un méchant casse-tête!

Veille Action – 26 octobre 2016