Veille - Activité physique

Activité physique quotidienne à l’école : état des lieux des politiques provinciales au Canada

Seulement cinq provinces canadiennes ont choisi de fixer un temps quotidien d’activité physique obligatoire à l’école, rapporte une analyse menée par des chercheures de l’École de santé publique de l’Université de l’Alberta. Et toutes ces politiques diffèrent sur plusieurs points.

L’Alberta et l’Ontario font figure de pionniers en matière d’éducation physique quotidienne à l’école puisqu’ils ont mis en place leurs politiques respectives en vigueur dès 2005. Le Manitoba et la Colombie-Britannique ont pris ce virage en 2008, puis la Saskatchewan, en 2010.

Des politiques qui diffèrent

Les politiques de ces cinq provinces poursuivent toutes le même but : créer un environnement scolaire favorable à l’activité physique et à la santé. Toutefois, les exigences fixées diffèrent considérablement.

  • Le type et le temps d’activité physique. Par exemple, l’Ontario est la seule province à préciser que les 20 minutes quotidiennes doivent être des activités soutenues et d’intensité moyenne à élevée. Les autres provinces ont fixé à 30 minutes la période d’activité physique quotidienne, mais n’exigent pas que celle-ci soit menée à une intensité soutenue, et l’Alberta ne requiert pas qu’elle soit d’intensité moyenne à élevée.
  • Les élèves visés. En Colombie-Britannique et en Saskatchewan, la politique s’applique à tous les niveaux du primaire et du secondaire, tandis qu’en Ontario et Alberta, elle vise respectivement les jeunes de la 1re à la 9e année et de la 1ère à la 8e année. Quant au Manitoba, seuls les jeunes de 11e et 12e année bénéficient d’une telle mesure.
  • Le moment et le lieu de l’activité physique. En Ontario, la politique prévoit que l’activité physique a lieu durant les heures de cours, tandis qu’en Alberta, elle peut être dispensée à n’importe quel moment de la journée d’école. Au Manitoba et en Colombie britannique, pour les jeunes de la 8e à la 12e année, une partie de l’activité physique peut être faite à l’extérieur de l’école, mais doit être documentée par un adulte (Manitoba) ou par l’étudiant.
  • La force de la politique. Les politiques de l’Alberta, de la Colombie-Britannique (maternelle à 9e année) et de la Saskatchewan ont obtenu la mention « faible », car leurs formulations sont vagues et non spécifiques : elles contiennent des suggestions ou des recommandations, plutôt que des exigences. Les politiques du Manitoba, de l’Ontario et de la Colombie-Britannique (10e à 12e année) ont obtenu la mention « modérée », car elles utilisent un vocabulaire spécifique pour rendre obligatoire un temps minimal d’activité quotidienne et d’intensité moyenne à élevée. Aucune province n’a reçu la mention « forte », car aucune n’a prévu des mécanismes d’implantation et de suivi de la politique d’activité physique quotidienne à l’école. 
  • L’implantation de la politique dans les écoles. Seuls l’Ontario et la Colombie-Britannique ont évalué le niveau d’implantation de leur politique. Les résultats, basés sur un petit nombre d’établissements, indiquent que le niveau global d’implantation est modéré, mais qu’il y a d’importantes variations entre les écoles. Ce constat inquiète les auteures de cette étude, car si ce sont les écoles les mieux nanties qui ont les moyens d’implanter la politique d’activité physique quotidienne, il y a un risque d’augmenter les inégalités sociales de santé. Les chercheures invitent donc les provinces à prioriser l’évaluation de l’implantation de leur politique afin d’en prévenir les effets pervers.
  • Les effets de la politique sur le niveau d’activité physique des jeunes. Les chercheures ont scruté quelques études évaluant les impacts des politiques provinciales. Dans l’ensemble, les résultats indiquent que ces effets ont été minimes ou nuls. Les auteures soulignent que le petit nombre d’études et leurs limitations méthodologiques ne permettent pas de tirer de conclusion définitive quant à l’efficacité des politiques actuellement en vigueur, d’autant plus que les stratégies d’implantation peuvent varier beaucoup d’une école à l’autre et que de tels effets peuvent prendre plusieurs années à se faire sentir.

Et les autres provinces?

Sur les huit provinces ou territoires qui n’ont pas de politique d’activité physique quotidienne, six ont des approches globales du type « école en santé », soulignent les auteures, qui mentionnent Québec en forme comme un exemple majeur d’une initiative provinciale visant à faire augmenter l’activité physique chez les jeunes.

Les auteures de cette synthèse approfondie et, à ce jour, unique en son genre déplorent que le curriculum scolaire n’accorde pas plus d’importance à l’activité physique. Pourtant, cette dernière ne nuit pas et pourrait même améliorer la performance académique selon plusieurs études, expliquent-elles. Ces données devraient être utilisées pour inciter les écoles, les enseignants et les parents à soutenir l’adoption et l’implantation de politiques fermes et claires en faveur d’un temps obligatoire d’activité physique quotidienne à l’école, concluent les chercheures.

Source : Olstad DL, Campbell EJ, Raine KD, Nykiforuk CI. A multiple case history and systematic review of adoption, diffusion, implementation and impact of provincial daily physical activity policies in Canadian schools. BMC Public Health. 2015 Apr 15;15:385.

Veille Action – 6 août 2015